Les éducateurs contre les thèses de l'extrême droite
La fédération UNSA Éducation avait pris l'initiative, la semaine dernière, d'un projet de communiqué commun adressé aux organisations représentatives, à un titre ou à un autre, dans le secteur de l'éducation pour rappeler l'opposition commune des éducateurs aux thèses de l'extrême droite.
Cette initiative spécifique se situait naturellement dans le prolongement de l'appel interprofessionnel dont l'UNSA est signataire ( http://www.unsa-champagne-ardenne.com/article-la-preference-nationale-n-est-pas-compatible-avec-le-syndicalisme-69601222.html ) sur la non compatibilité entre les valeurs du syndicalisme et le Front national. Elle ne visait cependant pas à n'en être que le décalque.
Ce texte, qui a fait l'objet d'échanges entre les organisations, n'a pas vu son économie générale modifiée et, notamment, le fossé qui sépare les thèses d'exclusion et de ségrégation sociale des valeurs républicaines qui fondent le service public laïque d'éducation.
Le communiqué commun est signé, outre l'UNSA, du SGEN-CFDT, de la FSU et de la FERC-CGT. (voir ci-dessous)
Nous avions également contacté la FNEC Force ouvrière qui a répondu par une fin de non-recevoir en renvoyant sur la position confédérale de FO. Nous avions aussi contacté la CSEN (qui regroupe notamment le SNE, le SNALC et «Autonome Sup») ainsi que la FAEN (dont les syndicats les plus connus sont le SNLC et «ID»). Là encore le refus a été immédiat au nom du principe Nous ne faisons pas de politique.
SUD, après avoir estimé la semaine dernière que le délai prévu était trop court (mais il a largement débordé sur cette semaine en raison des nécessités de consultations internes chez les autres signataires) n'a pas donné signe de vie bien que Solidaires soit signataire de l'appel interconfédéral.
Pour ce qui nous concerne, nous avons pris nos responsabilités, conformément à notre histoire.
L'appel renvoie notamment aux expériences qu'ont subies certaines municipalités conquises par le Front national. Au-delà, nous n'oublions pas que parmi les tenants des thèses du FN, on compte maints nostalgiques du régime de Vichy dont les premières mesures ont consisté à frapper l'enseignement public (dissolution du Syndicat national des instituteurs et de la Fédération générale de l'enseignement, d'où nous sommes issus :
Ø suppression de la gratuité de l'enseignement secondaire public institué par Jean Zay que la Milice de Vichy assassina en 1944;
Ø octroi de crédits à l'enseignement privé; dissolution de la Ligue de l'enseignement et suppression des DDEN;
Ø chasse aux enseignants et fonctionnaires militants...).
Nous n'oublions pas non plus que, chez les mêmes, on compte maints nostalgiques de l'Algérie française, défenseurs d'une OAS qui, il y a quelque 49 ans, assassina le 15 mars 1962, à quelques jours du cessez-le-feu, six enseignants coupables d'être inspecteurs des centres sociaux dont l'inspecteur d'académie Max Marchand, Mouloud Feraoun, ancien directeur d'école primaire.
(Voir ici pour plus de détails : http://fr.wikipedia.org/wiki/Assassinat_de_Ch%C3%A2teau-Royal.)
2011 n'est ni 1940 ni 1962. Pour autant, dans un contexte marqué, partout en Europe, par le développement d'un inquiétant populisme, il convient de rappeler que le Front national n'est pas «un parti comme les autres» et qu'il nous appartient, spécifiquement comme éducateurs quel que soit notre cadre professionnel (dans ou hors l'École), que nous entendons être particulièrement vigilants parce qu'en cette période troublée:
Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde (Brecht, la Résistible Ascension d'Arturo Ui).
Communiqué commun
SGEN-CFDT – UNSA Education – FSU – FERC/CGT
Les éducateurs
contre les thèses de l’extrême-droite
Personnels de l’éducation, nous enseignons la coopération et l’échange ; nous travaillons pour l'éducation et l'émancipation de tous les jeunes. C’est pourquoi nous ne pouvons rester passifs face à la montée des thèses de l'extrême-droite.
Ces thèses n’ont pas leur place à l’École. L’extrême-droite est porteuse de haine et n’a de cesse d’user des amalgames inacceptables comme celui de l’immigration et de l’insécurité.
Elle s’appuie sur les conséquences de la crise économique et sociale qui creuse les inégalités et accroît les injustices sociales pour désigner des boucs émissaires et dresser les citoyens les uns contre les autres. Elle met ainsi en péril la cohésion de la société.
Repli sur soi et refus de l’autre et de ses différences, négation du progrès individuel ou collectif, résistance aux mouvements d’émancipation des femmes et des luttes contres les discriminations n’ont pas leur place dans l’École que, jour après jour, nous voulons bâtir.
L’extrême-droite bafoue les valeurs républicaines, l’égalité et le « vivre ensemble », méprise la fraternité. Par sa proximité avec des courants religieux intégristes, par son histoire hostile à la République, elle a constamment combattu la laïcité qu’elle cherche à instrumentaliser dans son combat raciste. Les villes dirigées par l’extrême-droite ont été des « laboratoires » où ont été appliquées des politiques de stigmatisation, de division, de haine contre des populations mais aussi contre la liberté culturelle.
Éducateurs, nous faisons vivre au quotidien les valeurs républicaines ; syndicalistes, notre combat est animé par les valeurs de solidarité et de justice sociale. Ces valeurs sont incompatibles avec les thèses d’extrême droite incarnées en particulier par le Front National.
Comme éducateurs, comme syndicalistes, comme défenseurs intransigeants d’un service public laïque d’éducation ouvert à tous, nous entendons nous y opposer avec la plus grande détermination.
Thierry CADART Patrick GONTHIER Bernardette GROISON Richard BÉRAUD
fédération des SGEN-CFDT fédération UNSA Éducation Fédération syndicale unitaire FERC-CGT