L'histoire remise en question
Article du journal l’UNION Edition de Châlons en Champagne
Le député UMP réclame une refonte du programme scolaire. L'Unsa et la FSU dénoncent une attitude conservatrice « qui confond enseignement et propagande ».
QUEL était, mardi dernier, l'objectif réel du député-maire Bruno Bourg-Broc ? Satisfaire la frange la plus à droite de son électorat ou répondre à une interrogation sincère ? Difficile de trancher. Toujours est-il que sa question adressée à Luc Chatel, ministre de l'Éducation, a provoqué un tollé dans les salles des profs et suscité des remarques acerbes de la part des syndicats de l'éducation nationale.
Le député UMP réclame une révision du programme d'histoire au collège.
Il juge en effet que l'enseignement de l'histoire des civilisations extra-européennes prend désormais trop de place, au détriment de l'histoire de France.
Pour se faire une idée précise, voici son texte : « Une partie importante de l'histoire de France (Clovis, Charles Martel, Hugues Capet, Louis IX, François 1er, Louis XIV ou encore Napoléon 1er) est écartée du programme obligatoire, ou considérée comme optionnelle, et remplacée par l'apprentissage de plusieurs civilisations extra-européennes (Inde, Chine ou Afrique) » explique-t-il.
« La connaissance de l'histoire du pays dans lequel on vit doit être transmise aux générations futures afin que perdure l'identité culturelle de la France », ajoute l'élu, qui termine en réclamant « des mesures permettant le maintien d'un meilleur équilibre entre l'étude de l'histoire de France et celle des civilisations extra-européennes au sein du programme d'histoire au collège ».
BBB a lu le Figaro Magazine
« Ce monsieur a lu le dernier dossier du Figaro Magazine » note Alice Cardoso, responsable nationale du groupe disciplinaire d'histoire-géographie au Snes-FSU, « il y a des enjeux idéologiques dans ce discours. C'est la tarte à la crème en ce moment ».
L'enseignante apporte un jugement sévère sur l'intervention du député, qu'elle assimile à une « offensive idéologique très conservatrice », apparue dès l'an dernier. « L'enseignement de l'histoire des civilisations extra-européennes représente à peine 10 % du programme » souligne-t-elle, « pour les petits Français, connaître l'histoire des autres ça peut être utile ». Et de conclure : « il y a des gens qui rêvent d'une histoire qu'on enseignait il y a 50 ans ».
Pour le syndicat SE-Unsa, toutes les figures historiques que Bruno Bourg-Broc estime « écartées » depuis cette rentrée sont toujours citées dans les programmes scolaires. Comme la FSU, l'Unsa rappelle que l'histoire des civilisations extra-européennes représente à peine 10 % du programme au collège, soit trois heures par an environ.
« Ce débat est porté par la droite, la droite essentiellement populaire, attachée à l'histoire comme transmission du roman national » selon Anthony Lozac'h, conseiller technique en charge des questions éducatives au sein du SE-Unsa.
« Le modèle que défend ce député est hérité de la IIIe République, il est très contesté par les historiens » ajoute l'enseignant, qui évoque la persistance « d'injonctions politiques » dans ce domaine. « Est-ce que l'enseignement de l'histoire doit servir à faire aimer la France, ou est-ce que nous devons susciter l'esprit critique et la citoyenneté de réflexion ? », tel est à son avis l'enjeu de cette confrontation. « Il est important de ne pas confondre enseignement et propagande », estime Anthony Lozac'h, « c'est de l'instrumentalisation de l'histoire de France ».
L'intervention de Bruno Bourg-Broc ne fait pas l'unanimité, mais elle a pourtant quelques fans.
Rappelons que le député-maire a été, il y a très longtemps, professeur d'histoire…
Sébastien LAPORTE